Le monde a plus que jamais besoin de filles avec des guitares : ça tombe bien, la détermination est inscrite dans l’ADN résolument Rock de Toybloid, tout comme la volonté de faire le mieux possible, quitte à prendre son temps.
Un excellent premier album réalisé par Liam Watson (The Kills, The White Stripes, etc.), enfin.
Vous avez forcément croisé Toybloid : en première partie de L7 au printemps dernier, des Cribs, des Undertones, des Babyshambles de Peter Doherty ou d’Indochine, sur la Grande Scène de l’Humanité en 2013 ou lors des innombrables concerts que le groupe a donnés au cours des années. Deux ep, des concerts par dizaines, presque dix ans après sa formation ( les membres du groupe avaient alors 15 ans ) le power trio réclamé en ouverture par The Lords of Altamont, et félicité par The Offspring à sa sortie de scène rattrape le temps perdu et enregistre en dix jours son premier album avec Liam Watson dans son légendaire studio tout analogique de Toe Rag à Londres.
Les références ? Evidentes : « toutes ces filles qui font du rock qui ont énormément de culot, de bagout, de style, PJ Harvey, Joan Jett. La dégaine. Dégainer… ». Formé en 2007 via une petite annonce passée dans Rock & Folk par Madeleine (basse), Toybloid fait partie des groupes dont on a bien du mal à ne pas parler au féminin : emmené par une première ligne cent pour cent féminine, mais propulsée par Pierre à la batterie, la formation se sera rapidement tournée vers un garage rock urgent, en anglais, et sa renaissance en trio aura encore accentué cette direction brute de décoffrage, vers un maximum d’efficacité. Les douze chansons de cet album enthousiasmant vont droit au but : titres en forme de slogans, priorité aux guitares. Sans oublier la mélodie : impossible de ne pas danser sur des titres aussi accrocheurs que « Off The Post » ou « If You Dare ». On pense à Gossip, aux Runaways, bien sûr à L7, ce qui est le plus grand compliment qu’on pouvait leur faire: « après notre première partie, je suis allée voir L7 pour leur dire que mon père m’avait offert leur premier album, et c’est grâce à ça que je fais du rock aujourd’hui, déclare Lou, la chanteuse. Elle m’a dit que c’était le cycle de la vie ».
Si vous connaissez Toybloid, vous connaissez peut-être aussi une partie de sa généalogie : la chanteuse Lou est la fille de Stéphane Sirkis d’Indochine. « La situation est un peu ambiguë : j’ai toujours baigné dans la musique par mon père, par mon oncle, mais je n’ai jamais eu le déclic par eux », raconte l’intéressée, forte personnalité et authentique rockeuse qu’on verrait mal prendre des postures d’égérie ou écumer les soirées mondaines comme le voudrait son statut de « fille de », d’autant plus problématique que c’est « orpheline de » qu’il faudrait dire.
Depuis quelques années le groupe a fait ses classes, écumé la France en camionnette, travaillé au maximum, « à l’ancienne ». Capable de passer sur le pouce d’une première partie au Stade de France à un petit concert sur le toit d’un bus londonien, le trio avoue s’éclater sur la route. Ce qui manquait ? L’étape suivante, le studio, épreuve plutôt redoutée pour un groupe qui s’est contenté jusqu’ici de deux ep. Liam Watson leur a donné confiance, réarrangeant leurs chansons pour en tirer le maximum : « il y avait la curiosité de bosser en analogique, voir si ça correspondait vraiment à notre son. Et la réponse est oui. Liam et l’analogique, c’était parfait. » A une époque où il est si facile de s’enregistrer dans sa chambre, c’est aussi un retour aux racines. Avec ce disque sous haute tension et d’une densité peu commune, Toybloid a parfaitement rendu justice à toutes ses inspirations. Et c’est bien l’avis de Liam, séduit par le résultat de son travail avec ceux qu’il appelle « ses nouveaux Black Sabbath » au point de sortir maintenant l’album en Angleterre sur son propre label LBW Records.

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